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Stratigraphie - Trias (suite)

 

 

                2.2.  De la Formation de Kryonero (ou équivalents) à la Formation de Richti:
           
        les conglomérats triasiques et leurs variations latérales.

                La Formation de Kryonero et ses équivalents sont surmontés par un ensemble terrigène d'épaisseur variable, se composant de deux termes distincts par leur lithologie:

                -  un terme inférieur, grossier, conglomératique;

                - un terme supérieur semi-détritique, avec bancs calcaires fossilifères intercalés dans des sédiments gréso-pélitiques; ce terme correspond à ce que C. RENZ (1933) a appelé "Formation de Richti", et fera l'objet d'un chapitre particulier; dans cette rubrique nous traiterons plus spécialement du passage de la formation basale de marbres aux terrains détritiques grossiers sus-jacents, des caractères de ces derniers et des variations latérales qu'ils subissent, variations d'épaisseur notamment.

                                2.2.1.  Coupe du vallon de Marudiati (fig. 15)

            Nous avons distingué de bas en haut:

                a) Calcaires cristallins plus ou moins dolomitiques, gris clair, en bancs épais (1 à 2 m), passant vers le sommet à des dolomies micritiques compactes, blanches, homogènes (Formation de Kryonero); les derniers bancs (pendage 50 SE 30), de 30 à 60 cm d'épaisseur, présentent de minces intercalations pélitiques rouges.

                b) Au-dessus du dernier banc dolomitique affleurent des grès calcareux schistosés, de couleur grisâtre (grains de quartz et de feldspath) dans lesquels s'intercalent, dans les premiers mètres, des lits pélitiques jaunâtres, verdâtres ou rouge sombre; ces derniers peuvent être considérés comme des récurrences des joints pélitiques rouges du sommet de la formation précédente: ils présentent en effet les mêmes constituants minéralogiques, mais les micas sont plus abondants que les phyllites argileuses, et les grains de quartz ont des dimensions plus importantes (jusqu'à 1 mm). Epaisseur de cette formation: 15-20 m.

                c) On passe progressivement à une série conglomératique (environ 100 m d'épaisseur) dont les éléments sont en majorité quartzitiques (atteignant 2 cm), tandis que la matrice, abondante, est gréseuse (grains de quartz et de feldspath de toutes tailles, souvent anguleux, micas blancs, chlorite; la tourmaline est présente accessoirement). Ces conglomérats sont affectés par une schistosité pénétrative orientant les phyllites néoformées de la matrice (on doit donc parler de métaconglomérats). Certains niveaux renferment des corps calcaires fusiformes, allongés (sur quelques centimètres) dans des directions voisines de N 160.

                d) Passage progressif à des pélites brun clair, schistosées, avec lits plus ou moins continus et boudins de calcaire sombre fossilifère (Formation de Richti).

                Cette coupe montre de façon particulièrement nette la continuité stratigraphique entre les termes a et b, le passage transitionnel, par l'intermédiaire d'un niveau à couches rouges, d'une formation carbonatée néritique à une série terrigène d'abord gréseuse, devenant rapidement conglomératique.

                                2.2.2.  Coupe de Kapsala (fig. 16)

                Ce profil, effectué de la baie de Kapsala au col de même nom, sur le flanc sud-est de la chaîne du Prophitis Ilias, montre de bas en haut:

                a) Marbres assez sombres, lités, homogènes, présentant quelques lits siliceux blanchâtres, très minces (quelques millimètres à 1 cm), formant une petite falaise dominant la mer; cet affleurement est visible sur 15 m de dénivelée au maximum. les cristaux de calcite ont subi un étirement dans la direction N 150-155; les stylolithes sont fréquents, parallèles aux lits; aucun fantôme d'organisme n'a été observé.

                Le passage à la formation suivante est brutal, mais la continuité stratigraphique est évidente (fig. 17).

                b) Conglomérats présentant des joints frustes (schistosité parallèle à la stratification, représentée par la surface de contact précédente), parfois massifs, à éléments de teintes variées (nombreux tons de gris, jaunâtre, verdâtre, rougeâtre), de toutes tailles (jusqu'à une vingtaine de centimètres), aplatis, avec parfois une tendance à un allongement N 150 (fig. 18).

                Nature des éléments: on trouve des clastes de quartzites (grands cristaux de quartz engrenés à extinction roulante), des schistes divers (à chlorite, à quartz-feldspath-micas blancs-chlorite, à glaucophane), des glaucophanites (rétromorphosées, et pour cela d'aspect verdâtre), des fragments de carbonates à texture grenue (parfois marbres rouges).

                La matrice est gréseuse, avec grains de quartz prédominants; on y trouve aussi de l'albite, de la chlorite et une phase calcitique plus ou moins abondante; micas blancs et stilpnomélane sont orientés suivant les plans de shistosité. On note la présence de rares cristaux de tourmaline.

                Il apparaît à certains niveaux, au sein de ces métaconglomérats, des passées plus finement détritiques, gréso-pélitiques, grès à grains de quartz anguleux et à ciment en partie calcaire, pélites argilo-quartzeuses brunâtres. Des lentilles (de 0,5 à 2 m d'épaisseur) de marbres grenus gris, lardés de veines de calcite, s'intercalent dans la série.

                La puissance de cette formation, dénommée "conglomérats de Kapsala" par C. RENZ (1933), est considérable (épaisseur apparente: environ 350 m). Elle est surmontée en continuité par des terrains gréso-pélitiques renfermant des calcaires sombres à Coraux (Formation de Richti).

                Comme dans le profil précédent (vallon de Marudiati), on est en présence d'une succession de trois termes: carbonaté, métaconglomératique et semi-détritique fin.

                Le terme basal, à Kapsala, dont nous ne connaissons que la partie émergée, ne livre aucune trace de fossiles et n'est lithologiquement corrélable avec aucune autre séquence de marbres de l'île d'Amorgos. Mais, compte tenu de sa position sous la série conglomératique, elle-même surmontée par la Formation de Richti, il est possible qu'il représente un équivalent latéral de la Formation de Kryoneo; il peut aussi correspondre à un simple niveau carbonaté intercalé dans une série conglomératique encore plus puissante, dont la base serait actuellement immergée.

                                2.2.3.  Coupe d'Ayios Pavlos (suite) (voir fig.10)

                Ce profil a pour but de montrer la réduction d'épaisseur de la série conglomératique, qui n'excède pas ici 30 m. On observe de bas en haut:

                a) (rappel) Marbres dolomitiques à Coraux et Gastéropodes.

                b) Métaconglomérats polygéniques hétérogènes à éléments quartzitiques (blanchâtres, parfois de teinte rosâtre-violacée), feldspathiques et carbonatés. La matrice est particulièrement riche en phyllites d'origine métamorphique: mica blanc, chlorite, stilpnomélane; elle est affectée par une schistosité pénétrative (orientation des minéraux précédents). La tourmaline est présente (non orientée).

                c) Passage transitionnel à la Formation de Richti (en quelques mètres): la granulométrie de la partie détritique devient fine, tandis qu'apparaissent des blocs de calcaires à Coraux.

                                2.2.4.  Versant sud de l'Aspro Vouno

                Deux coupes méridiennes sur le flanc sud de la chaîne de l'Aspro Vouno montrent que le terme conglomératique de la série triasique peut disparaître latéralement (fig. 19).

                                + Coupe à 1 km à l'Ouest du cap Korax; de bas en haut:

                a) Marbres en bancs épais, à micropassées rougeâtres, livrant des colonies de Madréporaires coloniaux à l'état de fantômes non identifiables.

                b) Ils sont surmontés par une série conglomératique de 80 m de puissance, à galets de quartzite prédominants. Certains niveaux sont très polygéniques,  avec, en plus des clastes quartzitiques, des éléments de lithologie variée (schistes chloriteux verts, pélitiques jaunes, ocres, carbonates grenus rouge vif, gris) conférant à la roche un aspect versicolore; les éléments présentent souvent un allongement dans la direction N 150. Dans ces conglomérats sont parfois intercalés des bancs de marbre rouge sombre.

                c) Puis apparaît graduellement la Formation à Coraux de Richti.

                                + Coupe au Sud de l'église de Kolophana:

                Sur une série carbonatée en bancs épais (1 à 2 m), à micropassées rougeâtres, traces de Coraux et de gros Bivalves évoquant des Mégalodontidés (cette série présente vers le sommet des intercalations irrégulières de pélites rouges et vertes), reposent directement, en apparente continuité stratigraphique, des pélites brun clair renfermant des lits de marbre plus ou moins continus, assez sombres, et des blocs carbonatés presque noirs, livrant une faune abondante de Madréporaires.

                Entre ces deux coupes, distantes de 1 km, on assiste à la réduction progressive, en épaisseur, des conglomérats qui ne se présentent plus qu'en intercalations au sommet de la série calcaire, avant de s'interrompre à peu près à mi-chemin.

                                2.2.5.  Conclusions

                La série détritique terrigène qui repose sur la Formation de Kryonero ou sur ses équivalents latéraux,  présente une épaisseur extrêmement variable (0 à 350 m) et est constituée pour la plus grande part de conglomérats polygéniques hétérogènes dans lesquels s'intercalent des grès, des pélites ou des calcaires; il s'agit de métaconglomérats, puisque la matrice, comme les éléments, est affectée par le métamorphisme.

                Sur le plan sédimentologique, vu la faible usure que présentent en général les grains de la matrice, on peut imaginer une relative proximité des sources d'apport.

                En l'absence de tout critère paléontologique direct, l'âge de cette série ne peut être évalué qu'en fonction des âges respectifs des formations qui l'encadrent stratigraphiquement; c'est pourquoi nous en discuterons dans la conclusion relative au Trias d'Amorgos. On peut seulement supposer, étant donné la grande homogénéité de la série conglomératique, que celle-ci résulte d'une décharge détritique qui s'est effectuée dans un laps de temps assez court au regard des temps géologiques.

 

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