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Stratigraphie - la série jurassique à éocène - la série néritique antéflysch (suite)

 

 

                         2.2.2.  Le secteur oriental (région d'Aiyiali)

                                2.2.2.1.  Coupe du chemin de Langada à Tholaria (fig. 45)

                La dernière section du chemin muletier menant de Langada à Tholaria (et qui s'écarte peu de la courbe des 200 m) traverse une puissante série de marbres grenus grisâtres, massifs ou en bancs épais (pendage uniforme autour de 100 S 40) à niveaux/passées bréchiques (brèches monogéniques). On peut y observer de nombreux fantômes d'organismes apparaissant en gris très clair sur le fond plus sombre de la roche, comme dans les échantillons LM. 650 et 651 (recueillis à 200 m de l'entrée du village de Tholaria). Pour J. PHILIP, "c'est vraisemblablement de Rudistes qu'il s'agit, mais la recristallisation a effacé toute structure" (fig. 46 et 47).

                Dans certains cas, celle-ci est en partie préservée; ainsi, on avait découvert, à environ 500 m de Tholaria, une colonie de Rudistes dont les individus étaient nettement allongés tectoniquement dans la direction N 150, dans lesquels J.P. MASSE a reconnu des Caprinidae D'ORBIGNY (échantillon LM. 243) (fig .48).

                 [Des structures évoquant des colonies coralliennes ont aussi été observées; celles de la fig48-bis ont également été examinées  in situ par N. FYTROLAKIS & D. PAPANIKOLAOU, 1980, qui les ont interprétées comme des groupes de grandes Nummulites! (cf. légende de la planche I) ]

                A l'intérieur même du village [de Tholaria], la série de marbres entre en contact (anormal) avec des alternances gréso-pélitiques à pendage SSW.

                L'appartenance au Crétacé d'une partie au moins des marbres du secteur oriental est donc démontrée. Rappelons que C. RENZ (1933) l'avait seulement supposée, en invoquant la présence en leur sein de poches bauxitiques.

                A noter que dans le groupe d'îles Levitha, à l'Est d'Amorgos, l'existence du Crétacé a été établie par S. DÜRR & al. (1978) qui ont découvert des Hippuritidae dans des calcaires en bancs épais, surmontant peut-être des calcaires pélagiques à silex.

                Là où s'observe un contact stratigraphique de la série de marbre avec les terrains détritiques sus-jacents (notamment à l'Est de Tholaria), nous n'avons malheureusement pas découvert de fossiles à son voisinage.

                                2.2.2.2.  Les bauxites de la chaîne de Krikelas

                a)  Répartition des affleurements; mode de gisement

                 La figure 49 donne la répartition des principaux gisements de bauxite de l'île d'Amorgos, tous localisés dans la chaîne de Krikelas, à l'Est du village de Langada. La plupart de ces gisements ont été exploités; la mine principale, en activité de 1929 à 1940, se situe vers 100 m d'altitude, sur les flancs d'un vallon qui, au Sud du lieu-dit Stavros, entaille profondément le massif calcaire.

                 [cf. fig. 49-ter, site de Stavros, près de la ligne de crête, où se trouve l'un des gisements de bauxites].

                Certaines excavations permettent d'observer les rapports entre le minerai et les terrains encaissants. La bauxite se présente en lentilles dont l'épaisseur, toujours inférieure à 5 m, varie en fonction du relief du mur, et sans doute aussi par suite de la tectonique.

                Dans l'excavation appartenant à la mine principale creusée sur le flanc oriental du vallon signalé précédemment, le mur apparaît constitué de marbres massifs, de couleur claire, non bréchiques, dont la surface de contact avec la bauxite est plus ou moins accidentée (rappelle le relief d'un karst); au contraire, les marbres du toit, plus sombres que ceux du mur, reposent sur le minerai de façon très régulière et présentent même, dans les premiers mètres, une sorte de litage qui s'estompe vers le haut, la roche redevenant massive (fig. 50 et 51).

                  [cf. fig. 51-bis, vestiges de l'ancienne exploitation].

                D'après ce critère de polarité, nous avons pu constater, partout où la disposition précédente et clairement observable (excavations à ciel ouvert), que la série est en position tectonique normale, avec des pendages plus ou moins forts vers le Sud (effet d'un basculement tardif).

                b) Problèmes d'ordre stratigraphique

                La répartition originelle de la bauxite en poches disjointes, ainsi que les effets de la tectonique de plis couchés isoclinaux que nous avons mise en évidence (voir 2e partie: Tectonique) rendent très difficiles les corrélations stratigraphiques entre les différents gisements dispersés à travers la chaîne. Ainsi il ne nous a pas été possible de résoudre le problème, posé par plusieurs auteurs (C. RENZ, 1933; E. VADASZ, 1934; G. MARINOS, 1950; S. DÜRR, 1978), du nombre d'horizons bauxitiques existant au sein de la série calcaire (un ou deux ?). (Dans la colonne stratigraphique de la figure 66, nous n'avons représenté qu'un seul horizon.)

                De même, l'âge des bauxites n'a pu être précisé puisqu'aucun fossile n'a été trouvé à leur voisinage; elles sont probablement crétacées, étant donné les ressemblances entre les marbres de la chaîne de Krikelas et ceux de la série ayant livré des Rudistes, près de Tholaria (notamment leur caractère souvent bréchique). On ne peut cependant exclure un âge Paléocène ou même Eocène.

                c) Caractères pétrographiques

                Les bauxites de la chaîne de Krikelas, de densité voisine de 3.5 et de dureté comprise entre 5 et 5,5 dans l'échelle de Mohs, sont constituées d'un ciment brun-rouge renfermant en plus ou moins grande abondance des éléments figurés (dont des pisolithes), soit rouge sombre, soit brun-jaunâtre.

                Le minerai est par endroits recoupé par des filons de chloritite vert foncé et par des veines remplies d'un minéral vert-jaune pâle, d'aspect fibreux, la ferrocarpholite.

                L'étude de la minéralogie et de la structure de ces bauxites a porté sur sept échantillons provenant de différentes excavations:

                n° de l'échantillon                n° de la localité d'origine                           lieu de prélèvement 
                              
                                (se reporter à la carte fig. 49-bis)   

                      LM. 249                                              2                                                  ?    (polarité 
               
              276                                              3                                                  ?     indéterminée) 
                             
280                                              1                                                  près du mur 
               
               281                                             1                                                  près du mur 
               
               281'                                            1                                                  près du toit 
               
               282                                             1                                                  près du toit 
               
               287                                             4                                                  ?   (polarité indéterminée)

 

                1°) Constituants minéralogiques

                L'analyse aux rayons X effectuée par P. BILDGEN au Laboratoire de Géologie Appliquée de l'Université P. et M. Curie montre que les principaux constituants minéralogiques dans les échantillons étudiés sont (voir diagrammes fig. 52):

                - le diaspore Al2O3,H2O (minéral prédominant quantitativement)

                - l'hématite Fe2O3

                - la goethite (faiblement alumineuse) Fe2O3,H2O

                - le rutile TiO2 (quantités de l'ordre de 2 à 3%)

                Le diaspore, l'hématite et le rutile sont présents dans tous les échantillons; la goethite, faiblement alumineuse (environ 8% molaire), existe seulement dans les échantillons LM. 282 et 287 (où l'hématite est en faible quantité).

                On remarquera l'absence des minéraux alumineux gibbsite et boehmite, qui sont remplacés par le diaspore. En cela, les bauxites d'Amorgos se rapprochent des bauxites de l'horizon supérieur du Parnasse-Kiona (à mur de calcaires cénomaniens) et de celles du massif du Menderes.

                Il ne nous est pas apparu de différences de composition minéralogique significatives entre les divers gisements considérés: les variations de composition (au moins sur le plan qualitatif, notamment présence ou absence de goethite), ne semblent en effet pas plus importantes d'un gisement à l'autre qu'au sein d'une même poche bauxitique.

                Ce fait ne saurait évidemment prouver à lui seul l'existence d'un unique horizon de minerai; il faut cependant rappeler que dans le Parnasse-Kiona, où trois niveaux de bauxite ont été reconnus, ceux-ci se différencient nettement par leur minéralogie (J. NICOLAS et P. BILDGEN, 1980).

                2°) Structure

                Trois types de structures ont été observés:

                - bauxite aphanitique à éléments figurés entiers (pisolithes et oolithes). Le ciment, cryptocristallin, est constitué d'hématite, de diaspore, de rutile, éventuellement de goethite (LM. 287). Les pisolithes, dont la taille peut atteindre 10 mm, présentent une structure concentrique caractéristique; certains sont entièrement hématitiques (et ont alors une teinte rouge foncé); beaucoup présentent des craquelures à l'intérieur desquelles le diaspore a pu cristalliser, formant une phase claire plus ou moins développée; certains pisolithes sont écrasés (fig. 53);

                - bauxite aphanitique bréchique: dans une matrice cryptocristalline formée essentiellement d'hématite et de diaspore sont épars des fragments anguleux de pisolithes (fig. 54);

                - conglomérat bauxitique à éléments de bauxite pisolithique et oolithique de forme irrégulière et à matrice hématitique et goethique (fig. 55). Dans l'échantillon LM. 281, on peut observer des cristaux de diaspore, bien développés dans la matrice, au voisinage des éléments du conglomérat. Leur croissance, à peu près perpendiculaire à la surface de ceux-ci, prouve le caractère secondaire de ces cristaux (métamorphisme).

                d) Analyse chimique: teneurs en nickel

                Un seul élément en traces a pu être analysé (Laboratoire de Géologie Appliquée de l'Université P. et M. Curie de Paris): il s'agit du nickel, dont nous donnons ci-après les teneurs pour chacun des échantillons étudiés:

                                                 n° de l'échantillon                          teneur en Ni (ppm)  

                                                      LM. 249                                                           93 
                              
                                276                                                          82 
                              
                                280 (chlorite ferrifère                          934 
                              
                                        en filon dans la bauxite) 
                              
                                 281                                                        544 
                              
                                 281'                                                        155
                              
                                 282                                                         131 
                              
                                 287                                                         214

                  L'ordre de grandeur est le même que pour d'autres bauxites de Grèce (notamment celles du Parnasse-Kiona et celles de Grèce occidentale - zone du Gavrovo).

                On remarque que dans l'échantillon LM. 281, prélevé près du mur (mine principale), la teneur est nettement plus élevée que dans les échantillons LM. 281' et 282, prélevés près du toit; or la concentration du nickel à la base des profils bauxitiques est un phénomène souvent observé en Grèce, correspondant à une pollution secondaire des gisements par cet élément  (J. NICOLAS & P. BILDGEN, 1980).

                e) Conclusions

                Les bauxites d'Amorgos, bauxites à diaspore, réparties en un ou deux horizons d'âge vraisemblablement crétacé (éventuellement paléocène-éocène), portent en elles les marques d'un remaniement important (brèches d'éléments figurés, conglomérat bauxitique); au terme d'un transport mouvementé, le matériel a été piégé dans des dépressions de caractère karstique (la karstification, du reste, ne paraissant pas intense), ce qui implique, pour les calcaires du mur, un épisode d'émersion, même si le dépôt de la bauxite elle-même a pu se faire ultérieurement dans un milieu lagunaire ou marin.

 

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