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Tectonique - phase Φ1 (suite)

 

 

                1.2.  Mésostructures

                Les grandes structures de première phase observables dans l'île d'Amorgos sont peu nombreuses; beaucoup plus abondantes, et beaucoup mieux exprimées, sont les mésostructures (visibles à l'échelle de l'affleurement) telles que plis mineurs synschisteux, boudinage, linéation d'allongement.

                Certains termes lithologiques se prêtent mieux que d'autres à leur observation; ainsi les plis sont particulièrement bien exprimés dans les terrains à lithologie contrastée (alternances d'origine sédimentaire, e. g. calcaires à lits siliceux, flysch); les allongements tectoniques seront mis en évidence dans des roches renfermant des clastes détritiques (brèches, conglomérats) ou des fossiles.

                         1.2.1.  Plis mineurs (et schistosité associée)

                                1.2.1.1.  Calcaires à lits siliceux

                Les marbres à lits quartzitiques (Formation de Khozoviotissa) sont souvent affectés de plis très dissymétriques, dont l'amplitude va du centimètre à quelques mètres, internes à la formation, dénotant une certaine incompétence de celle-ci; leur comportement rappelle le phénomène de dysharmonie, mais ce terme ne peut s'appliquer ici, étant réservé aux niveaux structuraux supérieurs.

                Ces mésostructures sont particulièrement bien développées au voisinage du monastère de Khozoviotissa.

                Il s'agit de plis couchés, très généralement groupés, auxquels sont associés ou non des plissotements, anisopaques, liés à une schistosité de plan axial S1 visible à l'œil nu (fig. 74), cylindriques (fig. 75, montrant une charnière rectiligne, dégagée sur environ 2 m); les lits quartzitiques, comme d'ailleurs les lits calcaires, sont fréquemment boudinés (fig. 76).

                Dans les environs du monastère de Khozoviotissa, la direction de B1 est assez constante, de N 160 à N 170. Le déversement apparent est vers l'Ouest, ce qui donne une vergence réelle occidentale, étant donné la polarité de la série.

                Des plis ayant mêmes caractères - et notamment des directions d'axes comprises entre N 165 et N 175 - se retrouvent dans le Lepovouno (où ils sont clairement associés à une mégastructure synclinale déversée vers l'Ouest).

                Dans la chaîne de l'Aspro Vouno, où les calcaires à lits siliceux affleurent largement, on relève toute une famille de plis couchés ou déversés, présentant une schistosité axiale S1 subhorizontale, assez fine, développée dans les marbres comme dans les quartzites (fig. 77). Leur direction varie de N 160 à N 175.

                A environ 1 km au Sud de Khozoviotissa, on observe que certains de ces plis mineurs sont repris par une grande charnière de direction N 110, appartenant à un mégapli couché assez ouvert, qui s'avère donc plus récent.

                Le diagramme de la figure 78 montre l'ensemble des axes des plis mineurs relevés dans la Formation de Khozoviotissa: trois phases s'y distinguent clairement par leurs directions (B1, B2, B'2).

                                1.2.1.2.  Formation de Kryonero

                Des petits plis couchés isoclinaux sont observables dans certains niveaux d'aspect laminé (alternances de lits calcaires et de minces lits de produits plus ou moins opaques en lame mince); c'est le cas près de Peristeri (fig. 79), où l'on a mesuré des directions d'axe B1 voisines de N 150.

                                1.2.1.3.  Niveaux terrigènes (flysch et détritique triasique)

                a) Le flysch de la zone Xylokeratidi-Khora-Kamari

                Dans cette zone, on relève une très grande variété de plis, bien mis en évidence grâce aux alternances gréso-pélitiques ou aux bancs calcaires intercalés.

                Un type particulier de plis semble devoir se rapporter à la phase Φ1; ils ploient des lits gréseux de façon très serrée, avec étirement sur les flancs provoquant l'interruption de ces lits (voir schéma fig. 80); les pélites intercalées présentent suivant leurs plans axiaux un clivage très fin, correspondant à une schistosité de flux. Les mesures ne sont pas toujours possibles; de nombreuses directions d'axes sont voisines de N160.

                Des plis couchés, également très serrés, intéressent certains lits ou bancs calcaires intercalés dans le flysch, avec des axes ayant des directions comprises entre N 135 et N 175.

                b) Le flysch du secteur central

                Deux affleurements ont retenu plus particulièrement notre attention:

                - la bande de flysch d'Ayia Varvara, conservée au cœur d'un synclinal de direction Nord-Sud, déversé vers l'Ouest;

                - la bande de flysch traversant l'île de part en part, de Potamos à la baie de Khalara, aux confins du secteur oriental.

                Dans le premier affleurement, on a relevé un grand nombre de plis couchés dans des pélites calcareuses (fig. 81). Leurs axes ont tous des directions comprises entre N 160 et N 175.

                Des structures similaires se retrouvent sur le chemin descendant vers la baie de Khalara, avec des axes voisins de N 150.

                c) Le flysch du secteur oriental (Aiyiali)

                La puissante série de flysch affleurant à l'Est de Tholaria présente, dans ses alternances gréso-pélitiques, quelques charnières de plis couchés cylindriques serrés; on a relevé, pour les axes correspondants, des directions voisines de N 40 (voir fig. 93) et d'autres voisines de N 160. Ces derniers plis doivent être consécutifs de la phase plicative Φ1.

                d) Détritique triasique

                Les conglomérats triasiques sont peu propices à l'observation de mésostructures plissées; une schistosité, parallèle à la stratification (représentée par exemple par la surface de contact marbres basaux-conglomérats), est présente presque partout, qui témoigne de plis couchés en leur sein.

                Dans les parties les plus fines, notamment dans les grès et les pélites de la Formation de Richti, se développent des structures assez comparables à ce que l'on observe dans les niveaux finement détritiques du flysch. Ainsi, sur le flanc occidental de la colline 242 (au Nord de Katapola), nous avons observé des petits plis couchés assez serrés, d'axes de direction N 140-165, associés à une schistosité de plan axial.

                Certains affleurements de la Formation de Richti, dont la phase détritique est entièrement pélitique (e. g. cap Troulli, contrefort de l'Aspro Vouno descendant vers Kolophana), ont un aspect très "tranquille", étant affectés seulement d'une schistosité S1 (pénétrative), parallèle à la stratification S0 (matérialisée par les bancs calcaires à Coraux), sans préservation des charnières des plis associés.

                                1.2.1.4.  Marbres Crétacé-Eocène

                Au sein des marbres d'âge Crétacé-Eocène, souvent massifs, les mésostructures plissées sont rarement mises en évidence. Quelques charnières de plis couchés N 170 ont pu être relevées, à la faveur de joints de stratification frustes, le long du sentier descendant vers les mines de bauxite, au pied du mont Krikelas.

                         1.2.2.  Linéations, boudinage

                Un type de linéation fréquemment représenté dans l'île d'Amorgos est l'allongement tectonique, suivant certaines directions, d'objets divers tels que:

                - galets de conglomérats des séries détritiques terrigènes (fig. 82A);

                - clastes des brèches carbonatées de la série Crétacé-Eocène (fig. 82B);

                - rognons siliceux contenus dans les calcaires éocènes (?) (cf. fig. 105);

                - fossiles, tels que Coraux ou Rudistes, des terrains calcaires (cf. fig. 9, 30, 48).

                De nombreuses mesures de directions de ces affleurements ont été effectuées, et donnent des résultats tous compris entre N 140 et N 170, avec une fréquence maximale pour  N 150-155 (fig. 83).

                D'après E.H.T. WHITTEN (1966), la déformation pénétrative des roches provoque la recristallisation des grains constitutifs et la déformation concomitante de la roche entière comme des éléments qui y sont inclus: galets, oolithes, fossiles, etc. 

                En ce qui concerne l'orientation des linéations d'allongement qui en résultent, par rapport aux plis, deux modalités sont le plus souvent évoquées dans la littérature:

                - linéation d'allongement parallèle à l'axe du pli;

                - parallèle à la surface axiale du pli et perpendiculaire à cet axe.

                Du fait qu'à  Amorgos ces allongements se produisent dans des terrains très peu propices à l'"enregistrement" des plis (calcaires massifs ou en bancs épais, conglomérats), il n'a pas été possible, sur le terrain, d'établir une relation directe avec un type quelconque de plis.

                On peut cependant admettre, en toute hypothèse, étant donné la direction de ces allongements, qu'ils sont liés génétiquement aux plis couchés ou déversés d'axes B1, de direction comprise entre N 145 et N 175, bien exprimés à certains niveaux de ma série d'Amorgos, et dont nous verrons (chapitre sur les microstructures) qu'ils résultent de mouvements pénétratifs (linéation d'allongement L1).

                Dans les terrains à lithologie contrastée (Formation de Khozoviotissa, alternances gréso-pélitiques du flysch), du fait de la différence de compétence des roches en présence, le phénomène de boudinage est fréquemment observé. Dans certains cas, la relation avec la première phase de plissement est évidente: ainsi dans les calcaires à lits siliceux, il accompagne systématiquement les plissotements de direction N 160; par ailleurs, ce phénomène est responsable de l'atténuation et la rupture des flancs des plis couchés serrés N 160 observés dans les alternances gréso-pélitiques du flysch (voir fig. 80).

 

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