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Métamorphisme (suite)

 

VI.-  CONCLUSIONS RELATIVES AU METAMORPHISME

 

                Dans l'île d'Amorgos a ainsi été mise en évidence une phase de métamorphisme d'âge post-Eocène moyen, contemporaine de la première phase plicative (plis couchés déversés vers l'Ouest) ayant affecté la série. L'étude des paragénèses a permis de situer les paramètres P et T aux alentours de 6 kbar et 300°C, ce qui correspond aux conditions du faciès des schistes bleus (haute pression - basse température). (Une phase ultérieure de rétromorphose est responsable de la transformation partielle ou totale des amphiboles sodiques).

                Quelles conséquences ce résultat peut-il impliquer sur un plan plus général, celui du métamorphisme égéen?

                Il existe dans l'arc égéen deux complexes d'unités à métamorphisme haute pression - basse température d'âge Eocène ou plus récent:

                a) l'unité des schistes bleus cycladiques (M. BONNEAU & al., 1980)

                b) les unités externes crétoises (zone de l'Ida et nappe des phyllades).

                Dans l'unité des schistes bleus cycladiques, dont le métamorphisme est interprété comme résultant d'une subduction (M.C. BLAKE & al., 1981), les valeurs estimées de la température et surtout de la pression sont relativement élevées. Des chiffres ont été fournis pour deux îles:

                Syros (J.E. DIXON, 1976)      450°C                14 kbar

                Siphnos (T. GOURNELLOS)                430°C                12-13 kbar

Ces valeurs sont sans commune mesure avec celles déterminées pour Amorgos (voir fig. 120 B).

                Cependant il faut tenir compte que dans le segment méridional du complexe des schistes bleus cycladiques (auquel Siphnos appartient), les conditions du métamorphisme tendent à décroître vers l'Est; ainsi, bien qu'aucune estimation chiffrée ne soit disponible, les assemblages minéraux indiquent, à Sikinos, Folegandros, Naxos, Ios (îles plus proches d'Amorgos), des pressions et des températures moins élevées que celles de Siphnos (M.C. BLAKE & al., 1981).

                Par ailleurs, les déterminations géochronologiques ont fourni, pour le métamorphisme de différentes séries de schistes bleus des Cyclades, les âges suivants (voir, pour les références, les conclusions relatives à la tectonique):

                                               45 MA à Naxos;

                                               42 MA à Siphnos;

                                               40-50 MA à Syros.

                Ces résultats (qu'il convient comme toujours d'utiliser avec prudence) impliqueraient un âge minimal correspondant au début du Priabonien. Or l'existence de grands Nummulitidés à Amorgos, dans des niveaux calcaires surmontés par un flysch très puissant, semble exclure la possibilité d'un métamorphisme aussi précoce.

                Dans les unités externes crétoises (zone de l'Ida et nappe des phyllades) s'est développé un métamorphisme parfois générateur de glaucophane, étudié par E. SEIDEL (1978), plus particulièrement dans la nappe des phyllades. Cet auteur a pu déduire des associations minéralogiques qui y sont représentées les valeurs approximatives des paramètres P et T: 3-4 kbar et 200-300°C pour la Crète orientale, 7 kbar et 300-400°C pour la Crète occidentale. Ces valeurs se rapprochent beaucoup de celles obtenues par nous pour Amorgos (fig. 120 B).

                Par ailleurs, le métamorphisme HP-BT de Crète est post-Oligocène inférieur (âge des fossiles les plus récents trouvés dans l'autochtone de l'Ida). Selon E. SEIDEL & al. (1977), il serait même Miocène inférieur, d'après les résultats de datations radiométriques de différents minéraux néoformés des phyllades, résultats assez dispersés mais présentant un maximum de fréquence autour de 20 MA. Ceci est évidemment compatible avec l'âge du métamorphisme d'Amorgos, dont on sait seulement qu'il est post-Eocène moyen.

                Pour M. BONNEAU (1981), le métamorphisme schistes bleus des unités externes crétoises ne résulte pas d'un processus de subduction (comme cela semble être le cas pour les schistes bleus cycladiques), mais du charriage de la nappe de Tripolitza, de provenance plus interne, déterminant au sein de l'autochtone des conditions de haute pression.

                Ainsi les deux types de schistes bleus ("schistes bleus de très haute pression" et "schistes bleus de moins haute pression") ont-ils, selon le même auteur, une signification géotectonique fondamentalement différente.

                D'après ce qui précède, il semble que les schistes bleus d'Amorgos doivent se ranger dans le second type.

                Cette hypothèse s'accorde avec celle, envisagée dans les conclusions relatives à la stratigraphie, d'une appartenance de la série d'Amorgos à une zone très externe (plus précisément intermédiaire du point de vue paléogéographique entre la ride récifale de Gavrovo-Tripolitza et le sillon ionien): Amorgos, en position d'autochtone ou de parautochtone, aurait été enfouie, comme l'Ida de Crète, à l'Oligo-Miocène, sous l'énorme nappe du Gavrovo-Tripolitza, dont l'île d'Astypalea représenterait un témoin.

 

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