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RAPPORTS STRUCTURAUX ENTRE AMORGOS

ET L'ILOT NIKOURIA

 

 

                L'îlot Nikouria, d'une superficie approximative de 3 km2, se situe au large de la côte nord-occidentale d'Amorgos, face à la zone de Richti. Son relief présente une orientation Est-Ouest qui contraste avec celle, Sud-Ouest - Nord-Est, des chaînons du secteur central. Une sorte d'éperon légèrement incurvé prolonge vers l'Est le corps principal de l'îlot, et s'approche à 200 m du rivage des abords d'Ayios Pavlos, laissant entre eux un détroit de faible profondeur (détroit de Kakoperato). Nikouria est flanqué vers le Sud-Ouest d'un îlot annexe du nom de Grabonisi.

                C. RENZ (1910) a, le premier, noté la différence fondamentale existant entre les roches d'Amorgos et celles de ses satellites Nikouria et Grabonisi, parmi lesquelles il relève des marbres blancs à gros grain, des schistes à hornblende et épidote, des micaschistes, ainsi que du granite porphyrique. Le même auteur (1945) apparente les marbres de Nikouria au marbre de Keramoti de Naxos, et considère ainsi cet îlot comme un témoin avancé, vers le Sud-Est, du massif d'Attique-Cyclades.

                Pour S. DÜRR & al. (1978), les roches de Nikouria, d'origine sédimentaire, ont été affectées par un métamorphisme de haute température, attesté par la présence de sillimanite, et traversées par des filons de granite aplitique. Ces auteurs ont procédé à des datations radiométriques par la méthode K/Ar de certains minéraux du métamorphisme (pargasite, biotite, muscovite), et ont conclu à un âge correspondant au Crétacé supérieur (âge qui n'a rien à voir avec les âges des phases de métamorphisme dans les autres unités cycladiques - Amorgos compris - qui sont tous cénozoïques).

                S. DÜRR & al. (ibid.) interprètent Nikouria comme un lambeau appartenant au groupe des unités structurales les plus élevées connues dans l'arc égéen, celui des écailles cristallines accompagnant la nappe ophiolitique, que l'on trouve dans l'île de Crète (nappe de l'Asteroussia, M. BONNEAU, 1976, région de Lendas). Ce lambeau aurait été charrié sur l'île d'Amorgos.

                Selon M. BONNEAU & al. (1978) le charriage, d'âge nécessairement post-Eocène moyen (au vu de la série d'Amorgos), pourrait être lié à la phase cisaillante reconnue dans l'île d'Astypalea (P. MARNELIS & M. BONNEAU, 1977).

                En ce qui concerne les rapports structuraux entre Nikouria et Amorgos, dont l'histoire géologique est à l'évidence fort différente, quelques conclusions peuvent être tirées, à la lumière des données précédentes et de nos propres observations:

                1) Etant donné l'âge du métamorphisme HT qui les a affectés, les terrains de Nikouria - non datés - ne peuvent en aucun cas appartenir au substratum de la série d'Amorgos, elle-même exempte d'un tel type de métamorphisme. Un accident tectonique sépare donc les deux séries, dont la trace est entièrement immergée, aucune roche de Nikouria n'affleurant sur la grande île voisine, et réciproquement.

                2) Le charriage de la série d'Amorgos sur celle de Nikouria suivant le schéma de l'édifice de nappes structuré à l'Oligo-Miocène dans l'arc égéen, est improbable, car cette dernière île devrait alors appartenir à une zone paléogéographique plus externe qu'Amorgos (par exemple zone ionienne); or le métamorphisme qu'elle présente s'y oppose clairement.

                3) Si au contraire, suivant l'hypothèse de S. DÜRR & al. (1978), ce sont les terrains de Nikouria, d'origine très interne, qui sont charriés sur ceux d'Amorgos lors de la mise en place de l'édifice de nappes, ceux-ci peuvent difficilement reposer directement sur le sommet de la série d'Amorgos (flysch); que seraient devenues en effet les nappes intermédiaires, notamment la nappe du Pinde? Il faut alors admettre que des failles normales récentes ont joué également, déterminant cette juxtaposition.

                4) Une superposition directe des terrains de Nikouria à ceux d'Amorgos peut être envisagée dans le cadre de la phase cisaillante Φ3 reconnue à Amorgos, et considérée comme relativement tardive (nous l'avons corrélée, par hypothèse, à la deuxième phase, également cisaillante, d'Astypalea); il pourrait s'agir du chevauchement d'un ensemble cristallin situé au Nord d'Amorgos, dont un témoin existe peut-être dans l'île de Donoussa, où S. DÜRR & al. (ibidem) ont remarqué des similitudes pétrographiques avec Nikouria (notamment présence de sillimanite).

 

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