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CONCLUSIONS GENERALES

 

 

                L'étude géologique de l'île d'Amorgos, sous ses trois principaux aspects: stratigraphie, tectonique et métamorphisme, a conduit à un certain nombre de résultats (dont nous résumerons ci-après les plus importants) qui permettent de proposer une interprétation quant à la signification de cette île dans le cadre structural égéen.

                1. STRATIGRAPHIE ET PALEOGEOGRAPHIE

                Malgré sa position interne actuelle dans l'édifice hellénique, à la lisière du massif d'Attique-Cyclades, c'est avec les zones paléogéographiques très externes que l'unique série d'Amorgos présente les ressemblances les plus marquées (notamment par l'apparition relativement tardive du flysch), possédant des caractères de la zone de Gavrovo-Tripolitza et aussi de la zone ionienne. Les brèches calcaires crétacées, alternant avec des passées récifales à Rudistes, évoquent un flanc de plate forme carbonatée, assez probablement le flanc externe de la plate forme de Tripolitza. Quant au détritique triasique, il pourrait représenter un équivalent des phyllades qui, en Crète, forme le substratum de cette dernière.

                2.  TECTONIQUE

                L'étude structurale a permis de mettre en évidence une tectonique polyphasée post-Eocène moyen-supérieur. La première phase, la plus intense, s'est déroulée au niveau de l'infrastructure (plis couchés accompagnés d'une schistosité pénétrative), ce qui témoigne d'un enfouissement assez important des terrains intéressés. Les phases suivantes (plis couchés ou déversés, puis plis presque symétriques) ont un caractère de plus en plus superficiel. Les corrélations avec d'autres parties du domaine égéen sont difficiles à établir; néanmoins on peut envisager un lien génétique entre les plis de première phase ~N 160 d'Amorgos et les plis de direction NNW-SSE, également précoces, décrits à Astypalea (bien que, dans les calcaires, le style de ceux-ci soit différent, ce qui peut être imputé à une différence de niveau structural). Par ailleurs, une relation existe peut-être entre la phase cisaillante que nous avons reconnue à Amorgos et celle qui a affecté les terrains d'Astypalea.

                3.  METAMORPHISME

                Certains minéraux découverts dans des roches de composition particulière, bien que peu représentés à Amorgos, notamment le glaucophane et la lawsonite, nous ont fourni les preuves d'un métamorphisme beaucoup plus important qu'il n'y paraissait jusqu'ici, et dont les caractéristiques physiques ont pu être estimées à près de 300°C et 6 kbar: c'est un métamorphisme de type schistes bleus, cependant moins intense que celui qui affecte les unités cycladiques telles que celles de Syros ou de Siphnos, et qui s'apparente plutôt au métamorphisme des unités externes crétoises (série de l'Ida et phyllades). Le métamorphisme HP-BT d'Amorgos a été reconnu lié à la première phase plicative, post-Eocène moyen-supérieur.

4.  SIGNIFICATION STRUCTURALE DE L'ILE D'AMORGOS DANS LE CADRE EGEEN

                Les données précédentes nous conduisent, du point de vue de la tectonique à l'échelle de l'Egée, à cette interprétation:

                L'île d'Amorgos se trouve, dans l'édifice hellénique tel qu'il se présente actuellement, en position interne par rapport à la série d'Astypalea, qui relève paléogéographiquement de la plate forme de Tripolitza, et même de sa partie interne. Si l'on considère qu'Amorgos représente un domaine intermédiaire entre la zone de Gavrovo-Tripolitza et la zone ionienne, cela signifie que les terrains d'Astypalea doivent être regardés comme charriés par dessus ceux d'Amorgos, qui font figure d'autochtone relatif; la racine de la nappe de Tripolitza se situe donc quelque part au Nord de cette dernière île.

                Même en tenant compte de la distension néotectonique de l'arc égéen, ceci donne une idée de la largeur de cette nappe, dont on retrouve, en Crète, à quelque 150 km au Sud, des témoins superposés à l'autochtone ionien.

                Le charriage de l'énorme nappe de Tripolitza, qui en Crète s'est produit postérieurement à l'Oligocène inférieur (M. BONNEAU, 1981) (cette nappe portant sur son dos des nappes d'origine plus interne - Pinde, nappe pélagonienne), peut expliquer, du fait de la masse considérable des terrains accumulés, le développement, dans l'autochtone relatif sous-jacent (Amorgos), d'un métamorphisme caractérisé par une pression relativement élevée. 

                Ainsi Amorgos constituerait une fenêtre en position très interne de l'autochtone relatif égéen; en ce sens, elle serait l'homologue tectonique du massif du Menderes, et même probablement sa continuation paléogéographique, étant donné les analogies lithologiques que nous avons soulignées.

                Quant à Nikouria, îlot situé au voisinage immédiat d'Amorgos, mais de constitution pétrographique fondamentalement différente (roches sédimentaires métamorphisées dans un faciès de haute température, et recoupées par du granite aplitique), sa signification structurale n'est pas clairement établie. En tout état de cause, les datations radiométriques de ce métamorphisme, effectuées par S. DÜRR & al., montrent que les terrains de Nikouria ne sauraient former le substratum de la série d'Amorgos.

 

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