|
Stratigraphie -
la série jurassique à éocène - Formation de Khozoviotissa (suite)
2.1.4. Origine
des marbres à lits siliceux
Comme nous l'avons dit, l'aspect actuel de la série de marbres à bandes
siliceuses résulte vraisemblablement d'une transposition, sous l'effet d'une
tectonique de plis couchés, de la stratification originelle, accompagnée de
boudinage affectant les lits siliceux ou les lits carbonatés. Mais dès
l'origine la séquence sédimentaire devait se trouver constituée d'alternances
de lits de silice (sous quelle forme minéralogique ?) et de lits calcaires; par
suite du métamorphisme, les premiers ont recristallisé en donnant un quartzite
(quartz microcristallin), les seconds (anciens calcaires fins ?) se sont
transformés en calcaire cristallin dont le grain est lui-même relativement
fin.
Bien qu'aucun organisme ne soit préservé, même à l'état de fantôme,
il est probable que nous sommes en présence d'un faciès pélagique; en effet,
on retrouve dans des séquences analogues peu ou pas métamorphisées (exemples:
cherts lités des calcaires jurassiques de Lombardie, calcaires siliceux
jurassico-crétacés de la zone ionienne de Grèce continentale) des organismes
pélagiques: Radiolaires dans la phase siliceuse, Calpionelles - à certains
niveaux - dans la phase calcaire. Par ailleurs, des séquences de ce type
(calcaires alternant avec des cherts lités quartzeux, cryptocristallins ou de
silice amorphe) sont courantes dans les sédiments (notamment crétacés) des
bassins océaniques actuels (Y. LANCELOT, 1973).
Les cherts quartzeux sont considérés (Y. LANCELOT, 1973) comme résultant
de la précipitation de silice d'origine chimique et/ou biochimique, au stade de
la diagenèse, dans le sédiment carbonaté encore meuble, puis du développement
de celle-ci par accrétion, avec remplacement de la calcite. Ce processus de
remplacement se manifeste à Amorgos par le fait qu'au sein des quartzites
subsistent des plages calcitiques épargnées par le phénomène.
2.1.5.
Age de la Formation de Khozoviotissa. Comparaison avec d'autres séries
de Grèce
En l'absence de critères paléontologiques directs, il faudra raisonner
d'une part en considérant l'âge des termes encadrant stratigraphiquement la série
des calcaires à bandes siliceuses, d'autre part par comparaison avec des séries
analogues en d'autres régions du domaine hellénique.
Cette série est nécessairement post-norienne, car tel est l'âge
probable de la Formation de Richti, terme sous-jacent le plus élevé qui soit
correctement daté; on peut même envisager, pour la base de la Formation de
Khozoviotissa, un âge post-triasique dans le cas où les calcaires néritiques
qui s'intercalent entre les deux formations précédentes représentent, pro
parte, le Rhétien.
En ce qui concerne le sommet des calcaires à bandes siliceuses, on peut
seulement avancer qu'il est antérieur à un certain niveau du Crétacé supérieur,
âge assez probable des Rudistes et Foraminifères découverts dans les marbres
en bancs épais ou bréchiques de leur toit (cf. infra). Ainsi, la
Formation de Khozoviotissa peut aussi bien être comprise tout entière dans le
système jurassique que déborder plus ou moins largement de ce système vers le
haut (Crétacé inférieur).
On retrouve des calcaires à lits siliceux en de nombreux endroits de Grèce
tant continentale qu'insulaire.
Ils sont exempts de métamorphisme:
- en Grèce continentale
- dans l'extrême Nord-Ouest du Péloponnèse.
Métamorphisés, ils se rencontrent dans ce qu'on a appelé les
"massifs cristallins externes": Péloponnèse méridional et Arc égéen
(G. BIZON & al., 1976):
- marbres à faciès "plattenkalke" des fenêtres du Taygète
et du Parnon;
- "plattenkalke" (marbres à silex) de Crète;
- calcaires à "silex" de l'île de Kassos (Dodécanèse);
- calcaires de Lindos de l'île de Rhodes (ibidem).
Dans la plupart des cas, on observe que ces séries de calcaires à lits
siliceux montent très haut dans la colonne stratigraphique et passent à un
flysch oligocène.
Plus près d'Amorgos, dans le groupe d'îles Levitha (situées dans le
prolongement oriental d'Amorgos), S. DÜRR & al. (1978) ont observé,
au sein de la série carbonatée faiblement métamorphique qui les constitue,
des "calcaires pélagiques lités à silex", immédiatement au-dessus
desquels ils ont découvert des fossiles d'âge jurassique terminal (?) - Crétacé
inférieur.
Si une corrélation peut être établie entre la série d'Amorgos et
celle des îles Levitha, comme ces auteurs l'envisagent, on peut supposer que le
sommet de la formation de Khozoviotissa se situe au voisinage de la limite
Jurassique-Crétacé.
Quant aux niveaux de base de cette formation, ils ne sont datés que dans
le domaine non métamorphique, où une sédimentation de type pélagique
(schistes siliceux à Posidonies et Ammonitico-rosso) succède dès le Lias supérieur
à des dépôts carbonatés de plate forme du lias inférieur et moyen (J.
DERCOURT & al., 1980).
|