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Stratigraphie -
le flysch tertiaire (suite)
2.2.
Le secteur occidental
2.2.1. Coupe
de Khora (fig. 59)
Depuis le niveau de la mer jusqu'aux moulins de Khora, on observe:
a) Marbres stratifiés souvent bréchiques, à éléments carbonatés
assez sombres, contenus dans une matrice plus claire, également carbonatée. Vers le haut apparaissent des rognons irréguliers
de silice (quartzites), puis se produit sur plusieurs mètres une alternance des
bancs calcaires et de bandes schisteuses sombres; certains des bancs calcaires
sont microconglomératiques, avec de petits grains de quartz (taille inférieure
à 2 mm) et des corps calcitiques ovalaires mais sans structure interne. Ils
sont assez comparables à ceux observés près d'Ayia Varvara.
b) Ce niveau de transition annonce une série détritique comprenant des
pélites schistosées brun clair à noir en passant par une teinte verdâtre
sombre, alternant avec des lits plus ou moins lenticulaires de calcaires gréseux
(à grains anguleux de quartz et de feldspath); des passées entièrement
argileuses se rencontrent également par places. Au-dessus de la route du monastère
de Khozoviotissa (altitude: 200 m) apparaissent des lambeaux volumineux (ordre
du décamètre) de marbre clair, grenu, homogène; ces lambeaux, qui n'ont rien
de bancs interstratifiés, ont un aspect massif et ne livrent aucune trace de
fossile.
c) De nature semblable sont les marbres qui portent les moulins de Khora:
le contact avec les terrains détritiques terrigènes est toujours tranché; on
observe fréquemment des bandes de schistes qui pénètrent dans la masse
calcaire, s'atténuent progressivement et s'interrompent: elles peuvent être
dues à des cisaillements, ou bien représentent des restes de la
"matrice" entre deux blocs en partie disjoints.
Il existe autour de Khora d'autres massifs de lithologie semblable: ainsi
le rocher à pic dominant la ville, sur lequel est juchée une ancienne
forteresse (le "kastro"). Un peu au Nord de Khora, à la tête du
vallon descendant vers Katapola, un autre massif, beaucoup moins dégagé,
montre non seulement qu'il repose sur des terrains clastiques, mais aussi qu'il
est surmonté par eux: il semble véritablement emballé dans le complexe détritique.
Discussion.- Cette coupe de
Khora est la seule qui montre une superposition normale des terrains du complexe
détritique Xylokeratidi-Khora-Kamari à une série carbonatée. En ce qui
concerne son interprétation stratigraphique, deux hypothèses peuvent être
retenues a priori, en l'absence de critères paléontologiques:
- ou bien nous sommes en présence de la formation basale triasique de
marbres à Coraux et Mégalodontidés (fossiles qui ne sont pas représentés
ici), surmontée par la série clastique norienne (?);
- ou bien il s'agit de la superposition, à la série carbonatée Crétacé-Eocène,
de terrains équivalents à ceux rencontrés à Ayios Mamas, sur le chemin
descendant vers la baie de Khalara, et peut-être aussi à Ayia Varvara.
De nombreuses observations militent en faveur de la seconde hypothèse:
- en premier lieu, le sommet de la série carbonatée montre des
analogies avec ce qui a été observé dans les localités précédentes: présence de rognons siliceux microcristallins, caractère
microconglomératique des calcaires; malheureusement, aucun indice, si ténu
soit-il, de Nummulitidés n'a pu être retrouvé dans ces roches très
recristallisées;
- par ailleurs, les terrains détritiques eux-mêmes n'offrent pas du
tout les mêmes caractères que ceux de Kapsala ou du vallon de Marudiati: les
conglomérats polygéniques en sont absents, et la Formation de Richti n'est
apparemment pas représentée. En revanche ils présentent des types pétrographiques
très semblables à ceux que l'on observe dans les terrains clastiques des
abords d'Asphodilitis et d'Ayia Varvara: pélites schistosées brun clair à
gris sombre, calcaires gréseux, calcaires sombres à aspect laminé;
- l'existence, enfin, de lambeaux parfois énormes (hectométriques) de
marbres grenus, clairs, homogènes, massifs, que l'on ne rencontre pas dans la série
triasique terrigène (ni d'ailleurs dans les niveaux de base du détritique
d'Ayios Mamas). Leur nature exotique semble probable: masses circonscrites à
l'intérieur même des terrains clastiques, d'aspect chaotique (fracturation
intense), contact brutal avec les terrains encaissants, absence de
stratification visible.
2.2.2. Coupe
de la baie de Katapola à Varmas
(fig. 60)
Sur le flanc septentrional de la colline de Moundoulas, qui domine la
baie de Katapola, on observe de bas en haut une évolution des faciès détritiques:
a) Jusqu'à la cote 180 environ, on observe des schistes pélitiques brun
à gris sombre, alternant avec des grès en bancs d'épaisseur variable, souvent
ployés en plis couchés auxquels est associée une schistosité prouvant que
ces structures ne sont pas synsédimentaires (slumping). Des passées conglomératiques
sont intercalées dans ces terrains, ainsi que des bancs discontinus de marbre
grenu, clair, et de calcaire très sombre à grain fin et d'aspect laminé (cet
aspect est dû probablement à un litage originel).
b) Plus haut apparaissent des conglomérats massifs ou affectés d'une
schistosité assez fruste, très hétérogènes, à éléments variés: marbres
gris (constituant les clastes de plus grande dimension), quartz monocristallin
maclé tectoniquement, quartzites, galets pélitiques aplatis, verts, bruns ou
grisâtres; la matrice est abondante, calcaréo-quartzo-feldspathique: quelques
micas orientés sont néoformés.
Les éléments carbonatés peuvent atteindre des tailles considérables,
formant des blocs métriques à pluridécamétriques, souvent très fracturés,
d'aspect chaotique, emballés dans le reste du complexe déritique: ils ne
livrent aucun fossile, ce qui peut s'expliquer par la forte recristallisation de
la roche. L'un de ces énormes blocs, en partie dégagé de sa matrice gréso-pélitique,
forme une petite éminence à proximité du col de Moundoulas. La plupart des
lambeaux carbonatés sont faits de marbre très homogène; il faut cependant
signaler la présence, au-dessus du hameau d'Ayios Tekla, de blocs de calcaire
à lits très irréguliers de quartzite.
Au Sud du col de Moundoulas, on retrouve la même succession, schistes pélitiques
et grès, puis conglomérats polygéniques; la colline 369 est couronnée par
des masses calcaires fortement diaclasées dans lesquelles on ne trouve pas
trace de stratification (fig. 61 et
62).
[cf. fig. 61-bis,
olistolithes calcaires au sein du flysch, dans le secteur de Varmas].
Remarques.- Il est clair, pour des raisons de continuité, que nous
sommes en présence de la même série détritique que celle décrite dans la
coupe de Khora. Néanmoins on observe en plus, ici, des faciès conglomératiques,
particulièrement bien développés vers le sommet de la colline de Moundoulas
et sur les flancs de la colline 369.
2.2.3. Observations
le long de la route de Katapola à Khora
La tranchée de la route en lacets reliant le port de Katapola à Khora
facilite l'observation du complexe détritique; nous y avons relevé quelques
faits intéressants:
- il existe, dans certains bancs de grès alternant avec des lits pélitiques,
un granoclassement vertical. Les bancs gréseux sont souvent interrompus latéralement
par suite d'une tectonique de plis couchés qui a "transposé" la
stratification originelle; des charnières de ces plis couchés subsistent
d'ailleurs parfois.
- nous avons observé, à la base de quelques bancs gréseux, des
reliques de figures de courant, de type flute-cast;
- des conglomérats, non en passées mais en blocs parfaitement délimités
(taille: environ 1 m) sont par endroits emballés dans une matrice gréso-pélitique:
ils représentent probablement des fragments redéposés au cours de la sédimentation
du complexe détritique, car ils portent les marques de légères déformations
subies pendant le transport au stade d'éléments non indurés;
- enfin il existe en quelques points des blocs d'une roche vert pâle
constituée de petits cristaux de quartz, d'albite et de calcite, dont la
texture évoque un tuf volcanique; en réalité, il s'agit d'un métatuf, car
les cristaux néoformés sont abondants, notamment la chlorite. On retrouve ces
blocs de métatuf, un peu à l'Ouest de Xylokeratidi, le long du chemin du phare
Ayios Ilias, dans lesquels se sont formés de grands cristaux de pumpellyite.
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